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Le reste à charge CPF ne détruit pas le marché de la formation. Il détruit les acteurs qui n'auraient pas dû y être.
150 euros. C'est le nouveau montant du reste à charge CPF depuis le 2 avril 2026. Trois jours après son entrée en vigueur, la plupart des dirigeants d'organismes de formation (OF) regardaient leurs tableaux de bord avec inquiétude. Ils auraient dû regarder leur compte bancaire — et décider s'il était encore temps de vendre.
Rappel des faits, pour ceux qui ont raté l'épisode précédent.
En mai 2024, la consommation CPF s'effondre. Sur mai-décembre, elle tombe à un niveau inférieur de 15 % à celui de 2023. Managementdelaformation Ce n'est pas une anomalie statistique. C'est la conséquence directe du décret du 29 avril 2024 qui instaure une participation financière forfaitaire de 100 euros pour tout titulaire d'un CPF souhaitant financer une formation. Certif-ICPF Ce montant a été porté à 102 euros au 1er janvier 2025, puis à 150 euros le 2 avril 2026. Chaque revalorisation agit comme un filtre supplémentaire. Et c'est précisément le but.
Pour comprendre pourquoi ce filtre est une bonne nouvelle pour certains — et une catastrophe pour d'autres — il faut comprendre à quel point le CPF s'était transformé en machine à cash pour des acteurs qui n'avaient rien à faire dans la formation professionnelle.
Entre 2020 et 2022, le prix horaire moyen des formations financées via le CPF augmente de plus de 60 % en deux ans. GERESO Non pas parce que les formations se sont améliorées. Mais parce que des centaines d'OF ont compris qu'il suffisait de raccourcir les durées sans baisser les prix — et que des bénéficiaires qui ne payaient rien s'en fichaient. Les formations dites ACRE — accompagnement à la création ou à la reprise d'entreprise — ont drainé jusqu'à 458 millions d'euros issus de France Compétences en 2022, Managementdelaformation dans un flou réglementaire organisé par des acteurs dont l'offre pédagogique était, au mieux, discutable.
Ce modèle est mort. Et il devait mourir.
Le reste à charge a un effet brutal et précis : il est très dissuasif pour des formations à faible coût. AccoFORM Une formation à 300 euros avec un reste à charge de 150 euros, c'est une proposition qui ne tient plus. Une formation à 2 500 euros avec un reste à charge de 150 euros, c'est une friction négligeable pour quelqu'un qui a vraiment besoin de cette certification.
Ce que le reste à charge filtre, en réalité, ce n'est pas la demande. C'est la demande de confort. Les bénéficiaires qui finançaient leur permis moto, leurs cours de photographie, leurs ateliers de développement personnel avec de l'argent public — sans jamais mettre un euro de leur poche — disparaissent. Le CPF a financé 130 000 permis motos entre janvier et mai 2024, puis 8 000 pour le reste de l'année Managementdelaformation après l'entrée en vigueur du reste à charge. Ce n'est pas de la régulation. C'est de l'assainissement.
Ce qui reste, c'est une demande de formation sérieuse. Des bénéficiaires prêts à mettre 150 euros de leur poche. Des parcours certifiants reconnus au RNCP. Des OF qui ont fait le travail — Qualiopi obtenu, catalogue structuré, taux d'insertion mesurables. Tous les organismes de formation doivent désormais être certifiés Qualiopi pour bénéficier du financement CPF. EduGroupe
Voilà le paradoxe que la plupart des dirigeants d'OF n'ont pas encore mesuré.
Le marché du CPF n'est pas en train de rétrécir. Il est en train de se concentrer. Les volumes baissent, mais la qualité du bénéficiaire monte. Un actif qui paie 150 euros de sa poche pour une formation est quelqu'un de motivé, avec un projet professionnel clair, qui va au bout de son parcours. Son taux de complétion est meilleur. Son taux de satisfaction est meilleur. Son employabilité post-formation est meilleure. Et demain, quand un acquéreur regardera le catalogue d'un OF, c'est exactement ce qu'il cherchera à mesurer.
Pour un fonds ou un industriel qui entre dans le secteur de la formation, le budget global du CPF a été réduit de 500 millions d'euros en 2025, portant le financement total à moins de 2 milliards d'euros. EduGroupe Ce chiffre fait peur en surface. Mais il cache une réalité inverse : les OF qui survivent dans ce nouvel environnement sont, par construction, les meilleurs. Leur positionnement est défensif. Leur chiffre d'affaires résiste parce qu'il repose sur de la valeur réelle — pas sur de la gratuité perçue.
La question M&A est donc la suivante.
Les dirigeants d'OF qui ont traversé le choc de 2024, qui ont maintenu leurs revenus malgré le reste à charge, qui ont leurs certifications en ordre et un catalogue RNCP solide — ces dirigeants sont assis sur un actif que le marché commence seulement à comprendre. Ils ont survécu à un filtre que 30 à 40 % de leurs concurrents n'ont pas passé. Leur position relative s'est améliorée sans qu'ils aient fait quoi que ce soit de différent.
Le problème, c'est que cette amélioration de position relative se lira dans les comptes avec du retard. Les exercices 2024 et 2025 portent encore la cicatrice de la transition — baisse de dossiers, churn sur les formations low-cost abandonnées, coûts d'adaptation au nouveau régime réglementaire. En 2026 et 2027, les survivants afficheront des marges restaurées, des récurrences améliorées, et une concurrence réduite. Ce sont ces comptes-là que les acquéreurs valoriseront.
Vendre maintenant, c'est se présenter avec les cicatrices visibles — et le potentiel déjà démontré. Vendre dans dix-huit mois, c'est se présenter avec une valorisation plus haute — mais dans un marché où les acheteurs auront eu le temps de faire leurs propres calculs.
Le reste à charge CPF à 150 euros n'est pas une mauvaise nouvelle. C'est le signal que la consolidation du secteur est enclenchée. Et dans toute consolidation, la fenêtre pour les cédants se ferme toujours plus vite qu'ils ne le croient.
Auxine Partners accompagne les dirigeants d'organismes de formation dans leurs projets de cession, d'acquisition et de structuration capitalistique. Nous intervenons sur des deals entre 3 et 50 millions d'euros dans le secteur du Future of Work.
