Table des matières
M&A Future of Work 2024–2026 : ce que les dirigeants ne voient pas arriver
Panorama des deals, des valorisations réelles et des erreurs classiques avant de recevoir une approche Depuis dix-huit mois, presque chaque semaine, un acteur du Future of Work change de mains. Les volumes d'intérim partent en Allemagne, en Espagne, au Royaume-Uni. Des ATS disparaissent dans Workday ou SAP. Des groupes de formation absorbent des spécialistes régionaux. Et dans les cabinets de recrutement, les approches se multiplient — parfois structurées, souvent opportunistes. Pourtant, la majorité des dirigeants qui reçoivent ces sollicitations naviguent à vue. Ils ne savent pas ce que leur entreprise vaut vraiment dans le marché de 2025. Ils ne connaissent pas les acheteurs actifs. Ils ignorent que les multiples pratiqués il y a trois ans n'ont plus grand-chose à voir avec la réalité d'aujourd'hui. Cet article est un état des lieux factuel du marché M&A dans les cinq grands segments du Future of Work — intérim, recrutement, HR tech, formation professionnelle, management de transition — avec les données réelles sur les transactions, les valorisations et ce que les acheteurs regardent vraiment en 2025.

1. L'intérim : la consolidation sort des frontières françaises
C'est le segment le plus actif. Et le moins visible, parce que la plupart des opérations se font sans communiqué de presse.
La dynamique de fond n'est pas nouvelle : depuis 2020, les grands groupes avalent des réseaux régionaux pour densifier leur maillage territorial, sécuriser des portefeuilles candidats et accélérer sur des verticales métiers — santé, BTP, industrie. Ce que les chiffres récents révèlent, c'est que cette logique de build-up a désormais franchi les frontières.
Proman est le consolidateur le plus actif sur la période 2024–2026 : Iziwork (racheté à la barre, 2023), puis Onestaff (plateforme freelance, avril 2025), Embarq (portage salarial, octobre 2025), Humanys (intérim industriel, fin 2025), Breizh Intérim (janvier 2026). L'objectif affiché sur le portage salarial : capturer 20% du marché d'ici 2030. Proman ne construit plus un groupe d'intérim — il construit une plateforme couvrant tout le spectre du travail flexible.
Mistertemp' a changé de dimension en une année : acquisition de Meditempus en Espagne (intérim médical, 2025), puis de Klemme Personal en Allemagne (40 M€ de CA, février 2026). Deux marchés, deux verticales. Ce n'est plus un acteur français de l'intérim — c'est un groupe européen en construction.
Groupe Adéquat suit la même logique internationale : après l'Italie en 2024, il rachète Solutions Driven au Royaume-Uni en mars 2026 (recrutement de cadres et RPO dans les secteurs STEM). Huitième pays. Stratégie claire : un nouveau marché par an, via des acquisitions ciblées d'acteurs spécialisés.
Domino RH enchaîne de son côté trois opérations en quelques mois : High Flyers Agency (cabinets commerciaux/marketing, décembre 2024), Toma Intérim (intérim industriel, T4 2024), Bruce (agence de recrutement digitale, novembre 2025). Domino sort progressivement de la case intérim classique pour bâtir un périmètre beaucoup plus large.
Groupe LIP rachète Altitude (7 agences Ouest + Paris, 18 M€ de CA, février 2026). Synergie enchaîne deux opérations en trois mois : House of Flexwork en Suisse (janvier 2026) et Agilus Work Solutions pour des techniciens spécialisés (mars 2026). Groupe Partnaire absorbe Job AG (janvier 2026).
Ce que cela signifie pour un dirigeant d'agence : il y a aujourd'hui entre 8 et 12 acheteurs sérieux potentiels pour une agence d'intérim bien positionnée. Mais ils ne cherchent pas la même chose. Proman veut de la couverture géographique. Mistertemp' et Adéquat veulent des verticales métiers et/ou une géographie. Les fonds, eux, veulent de la récurrence et de la marge. Présenter son dossier au premier groupe qui vous appelle, sans avoir cartographié ce paysage, c'est laisser de l'argent sur la table.
2. Les cabinets de recrutement : peu de deals, mais des mouvements qui structurent le marché
Le marché des cessions de cabinets de recrutement est, selon les mots du CEO d'Actual Group Samuel Tual, un marché où « beaucoup de dossiers sont sur la table, peu de deals se font ». Les acheteurs sont devenus plus sélectifs. Le marché du recrutement est sous pression depuis mi-2023 — activité en recul, compressions dans les ETI et les scale-ups. Dans ce contexte, les acquéreurs industriels ont durci leurs critères.
Cela ne veut pas dire que le marché est à l'arrêt. Sur les deux dernières années, on retient plusieurs opérations significatives :
B&Capital entre au capital de HumanSkills (Teaminside, Aravati, etc.) en novembre 2024. Un fonds mid-cap qui mise sur un groupe spécialisé avec des bases de candidats réelles — signal que le PE reste intéressé par les acteurs qui ont structuré leur offre au-delà du recrutement à l'acte.
Advent International et Corvex rachètent Heidrick & Struggles en LBO (octobre 2025). Le leader mondial de l'executive search, actif en France, passe sous fonds. Signal de maturité du segment : les capitaux étrangers s'intéressent à l'executive search français.
Groupe Adéquat rachète Solutions Driven (mars 2026, RPO et recrutement de cadres STEM, UK). Un industriel de l'intérim qui monte en gamme vers le recrutement qualifié et le RPO — mouvement structurel qui se répète chez plusieurs groupes.
Le Mercato de l'Emploi absorbe Solinki (novembre 2024, reprise à la barre du Tribunal de Commerce). La consolidation des collectifs de recruteurs indépendants commence — mais par nécessité plutôt que par ambition.
La vraie donnée à retenir pour un dirigeant de cabinet : les valorisations des cabinets de recrutement sont directement dépendantes de deux facteurs — la dépendance au dirigeant et la récurrence des revenus. Un cabinet qui facture des honoraires de recherche purs, sans contrats cadres ni comptes récurrents, sera valorisé à des multiples bas. Celui qui a construit une base clients fidèle, des outils propriétaires, ou une spécialisation sectorielle défendable vaut sensiblement plus.
3. La HR Tech : les géants avalent les briques — et les startups françaises disparaissent dans des groupes étrangers
C'est le segment qui a produit les transactions les plus spectaculaires de la période — et celui où le manque d'accompagnement lors d'une cession coûte le plus cher.
Workday rachète Paradox pour 1 milliard de dollars (octobre 2025). Paradox, c'est l'IA conversationnelle du recrutement — un assistant (Olivia) qui gère les candidatures, planifie les entretiens, qualifie les profils en temps réel. 189 millions de conversations IA traitées, 70% de taux de conversion. Workday s'offre une suite TA complète et pénètre le marché des travailleurs terrain — 3 milliards de personnes dans le monde.
SAP rachète SmartRecruiters (annoncé début août 2025, deux semaines avant Workday/Paradox). L'ATS intégré à SuccessFactors. Pour les recruteurs français qui l'utilisaient comme solution indépendante : même mouvement que Talentsoft/Cegid. Les ATS modernes absorbés par les grands ERP, les choix se réduisent.
Welcome to the Jungle rachète Lymia (novembre 2024). Startup française spécialisée dans le sourcing IA — identifier des profils similaires dans un ATS à partir d'un profil idéal. WTTJ avait déjà racheté Otta (UK) début 2024. Même logique : on achète une technologie qu'on n'a pas en interne.
Adzuna rachète Seiza (novembre 2024). Seiza (ex-Work4 Labs), c'est la plateforme française de recrutement via les réseaux sociaux — Facebook, TikTok — spécialisée sur les métiers terrain, avec 400 clients dont McDonald's et Veolia. Un acteur français bien implanté qui disparaît dans un groupe britannique présent dans 19 pays.
Gojob lève 120 M€ auprès de Persol (octobre 2025). Le géant japonais de l'intérim (9 Mds€ de CA, 13 pays) entre au capital et devient premier actionnaire. Gojob vise le milliard d'euros de CA. C'est là que les vrais capitaux vont dans le secteur : l'IA appliquée à l'intérim de masse, avec volume réel et effet réseau.
HireSweet rachète The Staffing App (juillet 2025). Rare en France : un ATS qui en rachète un autre. Complémentarité évidente — petits cabinets d'un côté, grands comptes staffing de l'autre. C'est plus un rachat de technologie et d'équipe que de clients.
La logique commune de toutes ces transactions : on achète une capacité — IA conversationnelle, matching, sourcing, automatisation — qu'on n'a pas ou qu'on maîtrise mal en interne. Ce ne sont pas des rachats pour grossir une base clients. Ce sont des rachats stratégiques pour intégrer une compétence. Pour les fondateurs de HR Tech : être racheté par un acteur mondial n'est pas une mauvaise sortie — à condition d'avoir les bons conseils pour structurer la négociation.
4. La formation professionnelle : consolidation active, sous le radar
C'est le segment le plus discret — et l'un des plus actifs en volume de transactions. La raison ? Le marché est extrêmement fragmenté (des milliers d'organismes de formation en France), les valorisations restent raisonnables, et les consolidateurs ont une thèse claire.
Le cœur des acquisitions en 2024–2025 a porté sur trois types de cibles : les organismes à certifications RNCP/RS (qui sécurisent le financement CPF et l'employabilité des apprenants), les spécialistes sectoriels à forte notoriété locale (sécurité, santé au travail, habilitations), et les acteurs qui ont digitalisé leur offre avec des LMS propriétaires.
Parmi les opérations emblématiques : le rapprochement SI Groupe – Valto dans la formation sécurité (SI Groupe forme plus de 5 000 stagiaires par an, réseau de 4 agences, catalogue de 70 formations dont une partie certifiante) illustre cette logique de plateforme nationale spécialisée. L'acquisition de von Rundstedt par Alixio (mars 2025) montre que les grands groupes RH visent aussi l'outplacement et la reconversion. Smahrt Consulting rejoint HR Path (avril 2025), Convictions RH est absorbé par Mercer/Marsh McLennan (août 2025).
Dans l'EdTech, les levées de fonds ralentissent mais restent ciblées sur les acteurs qui ont un volume réel et une récurrence. Rise Up rachète Yunoo (novembre 2024), Syfadis renforce son offre en absorbant Callimedia. Côté santé, Hublo boucle une troisième levée de 20 M€ auprès de Bpifrance, Five Arrows et Revaia (octobre 2025) : la plateforme RH santé qui intègre un ATS spécifique aux établissements de soins.
Pour les dirigeants d'organismes de formation : les acheteurs regardent en priorité la part de chiffre d'affaires sécurisé par des certifications (RNCP/RS), la présence de contenus propriétaires, et la capacité à digitaliser les parcours. Un organisme 100% présentiel sans certification reconnue sera valorisé sur de tout autres bases qu'un acteur avec un LMS maison et un catalogue certifiant.
5. Le management de transition : un segment qui attire les fonds étrangers
Valtus, le leader français du management de transition, passe sous Polaris Private Equity en février 2026. Le fonds nordique prend la majorité. Signal clair : les fonds étrangers s'intéressent désormais au management de transition français, un segment qu'ils considéraient jusqu'ici comme trop confidentiel.
Le segment a connu une phase de structuration intense entre 2021 et 2024 — LBO Alixio (Ardian), absorption de X-PM par Alixio, EIM Group sous Omnes Capital, Meogroup chez Andera, Delville Management chez Indigo Capital. Les leaders français ont multiplié les acquisitions transfrontalières : Alium Partners au Royaume-Uni, Magnalia en Suisse, FS Partners chez Valtus. Le mouvement continue en 2025–2026, et le passage de Valtus sous Polaris marque une nouvelle étape : les exits PE commencent.
6. Ce que vaut vraiment votre entreprise en 2025 : les multiples réels
C'est la question que tout dirigeant qui réfléchit à une cession finit par poser. Et c'est celle que les chiffres de marché permettent de calibrer — à condition de les lire correctement.
Les acheteurs sophistiqués regardent quatre choses au-delà du chiffre d'affaires et de l'EBITDA. D'abord la récurrence des revenus : un cabinet de recrutement avec 60% de comptes récurrents et des contrats cadres en place est un dossier fondamentalement différent d'un acteur purement transactionnel. Ensuite la dépendance au dirigeant : si le chiffre d'affaires s'effondre au départ du fondateur, la valorisation aussi. Troisièmement la qualité du pipeline candidats ou clients — dans l'intérim et le recrutement, les bases de données propriétaires ont une valeur réelle. Enfin la tech : l'absence d'outils digitaux est devenue un facteur de décote explicite, notamment dans l'intérim.
Un exemple concret : une agence d'intérim BTP de 8 M€ de CA avec un EBITDA de 600 K€ peut être valorisée entre 2,4 M€ (multiple de 4x) et 5 M€ (multiple de 8x) selon qu'elle est positionnée sur des métiers en tension avec un vivier exclusif et un logiciel de matching, ou qu'elle opère comme une agence généraliste sans avantage défendable. Le travail de préparation au closing ne change pas l'EBITDA — il change le multiple.
7. Trois questions à se poser avant de répondre à une approche
Le marché de 2025 n'est pas le marché de 2021–2022. Les conditions de financement ont changé. Les multiples ont reflué. Et surtout, la sélectivité des acheteurs a augmenté — ils savent ce qu'ils cherchent, ils savent ce qu'ils ne veulent pas, et ils ont appris à négocier.
Première question : est-ce que je connais tous les acheteurs potentiels, ou juste ceux qui m'ont approché ?
Dans la quasi-totalité des cessions qui se font à des conditions sous-optimales, le cédant n'avait pas mis le marché en concurrence. Il a reçu une approche directe, l'a jugée sérieuse, et a ouvert les données. Sans avoir vérifié s'il existait 5 autres acquéreurs potentiels prêts à payer plus — ou mieux — pour son dossier. La cartographie des acheteurs actifs par segment est le premier travail d'un conseil M&A sectoriel. Un généraliste ne la fait pas.
Deuxième question : est-ce que je comprends vraiment ce que vaut mon entreprise aujourd'hui — pas il y a trois ans ?
Beaucoup de dirigeants ont en tête les valorisations de la période 2021–2022, quand les conditions de financement favorables et la reprise post-Covid avaient tiré les multiples vers le haut. Ce temps-là est passé. Aujourd'hui, un dossier mal préparé, avec un EBITDA retraité à la hâte et une dépendance dirigeant non adressée, sera valorisé 30 à 40% en dessous de son potentiel réel. La préparation à la cession — audit organisationnel, normalisation du compte de résultat, documentation des contrats — n'est pas un luxe. C'est ce qui fait la différence entre un prix négocié et un prix subi.
Troisième question : est-ce que je traite ça comme une transaction financière, ou comme une décision de vie ?
Les meilleures cessions ne sont pas nécessairement celles qui ont produit la valeur maximale à court terme. Ce sont celles où le dirigeant a trouvé un acquéreur qui partage sa vision pour l'entreprise, qui a traité les équipes correctement, et qui lui a permis de sortir dans de bonnes conditions — y compris humaines. Le choix de l'acquéreur n'est pas qu'une question de prix. C'est aussi une question de fit stratégique, de garanties données à l'équipe, et de calendrier personnel.
À propos d'Auxine Partners
Auxine Partners est un cabinet de conseil en fusions-acquisitions exclusivement dédié au Future of Work : recrutement, intérim, management de transition, formation professionnelle et HR tech. Notre équipe a elle-même fondé, développé et cédé des entreprises dans cet écosystème avant de conseiller. Nous intervenons en conseil de cession, conseil à l'acquisition, et advisory stratégique pour les dirigeants qui envisagent une opération de croissance externe ou capitalistique.
Si vous êtes dirigeant d'un acteur du Future of Work et que vous réfléchissez à votre prochaine étape — cession, entrée d'un partenaire, build-up — nous sommes disponibles pour un premier échange confidentiel.
www.auxinepartners.com | contact@auxinepartners.com
Sources
Les Talents Narratifs – Panorama acquisitions 2026 (Laurent Brouat, mars 2026) | Achil.io – Panorama fusions-acquisitions dans le recrutement 2018–2026 | Auris Finance – Bilans M&A Ressources Humaines 2024 et Éducation-Formation 2024–2025 | Dealsuite – Rapport Fusac France S2-2024 / S1-2025 | Scale2Sell – Valorisation agences d'intérim 2025 | NF Avocats – Multiples d'EBITDA par secteur 2025
